
Mardi 17 mars 2026, lors d’une conférence de presse, un groupe d’étudiants et jeunes médecins a dénoncé cette situation qu’ils jugent intenable. « Chaque jour sans accès à l’HUEH, c’est un patient de plus qui se retrouve sans soins et un futur médecin qui perd une expérience indispensable », ont-ils déclaré.
Leur message est clair : la fermeture prolongée de ce centre hospitalier majeur menace à la fois la santé publique et la qualité de la formation médicale en Haïti. Les stages pratiques, essentiels à l’acquisition des compétences cliniques, sont désormais compromis, et l’ensemble du système sanitaire risque d’en pâtir sur le long terme.
Face à ce constat, les étudiants ont annoncé une action de mobilisation pour le mercredi 18 mars 2026. Le cortège partira du rectorat de l’Université d’État d’Haïti pour rejoindre la Primature, avec pour objectif de pousser les autorités à concrétiser l’accord signé fin 2025 sur la relocalisation provisoire de l’HUEH.
« Cet engagement devait permettre la reprise des services médicaux et soulager un système de santé déjà sous pression. Nous ne pouvons plus attendre », ont insisté les jeunes médecins, appelant à des mesures immédiates pour rouvrir l’hôpital et garantir des conditions de formation adéquates pour la relève médicale.
Centre Infos
Port-au-Prince, janvier 2026. Selon plusieurs travaux en psychologie sociale et politique, les sociétés confrontées durablement à la violence armée, à l’instabilité institutionnelle et à l’insécurité développent ce que les chercheurs qualifient de traumatisme collectif. Des auteurs comme Judith Herman ou Vamik Volkan décrivent ces contextes comme marqués par une hypervigilance sociale, une défiance accrue envers l’autorité et une difficulté à se projeter dans l’avenir.
Une société fragilisée par des crises répétées
En Haïti, l’accumulation des crises sécuritaires, politiques et humanitaires a profondément altéré le rapport entre l’État et la population. Des sociologues, dont Alex Dupuy, ont souligné le caractère historiquement fragile et souvent perçu comme distant de l’appareil étatique. Sur le plan psychosocial, cette situation se traduirait par une population en état de survie permanente, particulièrement sensible aux incohérences et aux décisions perçues comme arbitraires.
Dans un tel contexte, expliquent les spécialistes, le style de leadership devient un facteur central de stabilisation ou, au contraire, d’aggravation des tensions.
Le rôle psychologique du chef du gouvernement en période de transition
Des théoriciens de la gouvernance, à l’instar de Max Weber, ont mis en évidence l’importance de la légitimité de l’autorité politique. Des approches plus récentes, inspirées notamment des travaux du psychanalyste Wilfred Bion, avancent que, dans des contextes de crise profonde, les dirigeants sont également appelés à jouer une fonction de « contenance » psychologique, c’est-à-dire la capacité à absorber l’angoisse sociale, à la structurer et à y répondre par des décisions lisibles et cohérentes.
Selon ces analyses, un leadership impulsif ou fortement centré sur la personnalité du dirigeant risquerait de renforcer les fractures existantes.
Audain Fils Bernadel, un profil observé par les analystes
C’est dans cette perspective que certains observateurs évoquent le parcours d’Audain Fils Bernadel, ancien ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales. Son passage à la tête de ce ministère, en charge de dossiers sensibles liés à la sécurité, aux collectivités locales et à la gestion de crises, est souvent cité comme un test de résistance face à des situations à forte charge émotionnelle et politique.
Des analystes estiment que cette expérience témoignerait d’une capacité à maintenir une stabilité émotionnelle et une continuité décisionnelle dans des contextes incertains. En psychologie du leadership, cette aptitude à tolérer l’incertitude est considérée comme un élément clé des modèles de leadership adaptatif.
Rapport au pouvoir et style d’autorité
D’autres études en psychologie politique, notamment celles de Christopher Lasch ou de Manfred Kets de Vries, soulignent les risques liés à des formes de leadership à dominante narcissique en période de crise. À l’inverse, un rapport au pouvoir perçu comme fonctionnel et orienté vers le service public serait de nature à limiter les réactions défensives et les dérives autoritaires.
Concernant Audain Fils Bernadel, ses partisans mettent en avant un style d’autorité décrit comme ferme mais non coercitif, reposant sur le cadre légal plutôt que sur la contrainte. Une approche qui, selon les théories de Hannah Arendt, distinguerait l’autorité légitime de la simple violence institutionnelle.
Enjeux psychosociaux de la période post-transition
Les spécialistes des sociétés post-conflit rappellent que la stabilisation durable ne repose pas uniquement sur des mesures sécuritaires, mais également sur la restauration du lien social et du sentiment de protection collective. Dans ce cadre, la capacité des dirigeants à comprendre les dynamiques psychosociales, à anticiper les réactions collectives et à mesurer la portée symbolique de leurs décisions est souvent jugée déterminante.
À l’approche de la fin du mandat du CPT, ces considérations alimentent les réflexions sur le type de leadership jugé le plus adapté à la phase à venir.
Une transition sous le signe de la reconstruction
Si les choix politiques à venir relèvent des mécanismes institutionnels et des rapports de force, plusieurs analystes s’accordent à dire que la période post-7 février 2026 exigera un leadership capable de conjuguer autorité, stabilité et compréhension des fragilités sociales.
Dans une Haïti marquée par des blessures profondes, concluent-ils, la question du leadership ne se limite plus à la gestion de l’État, mais s’inscrit aussi dans un processus plus large de reconstruction de la confiance collective.
Avnold Marcelus
avnoldmarcelus@gmail.com
Janvier 2026
Centre Infos
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